La campagne officielle pour l'élection présidentielle du 17 avril, qui a pris fin dimanche à minuit, aura été sans doute la plus tendue de toute l'histoire des scrutins organisés en Algérie depuis l'indépendance, résultat d'un affrontement politique sans merci entre deux grands courants décidés à imposer ce que chacun d'eux considère comme étant la meilleure voie pour le pays : l'un la «stabilité», l'autre le «changement» total de système de gouvernance.
Alors que l'opposition milite pour un «changement pacifique», le principe de la continuité, «synonyme de stabilité», est défendu en premier lieu par le candidat Abdelaziz Bouteflika dont le bilan au bout de trois mandats successifs à la tête de l'Etat a été «inlassablement» présenté par ses représentants et soutiens comme «très positif» et seule sa poursuite suffirait, à leurs yeux, à assurer au pays «plus de progrès et davantage de stabilité».
Les observateurs attentifs de ces 22 jours de campagne, menés dans l'ensemble au pas de charge et devant un public en nombre, auront en effet relevé des moments forts de débat contradictoire et démocratique mais aussi des épisodes moins glorieux comme celui, grave et sans précédent, ayant vu un représentant de Bouteflika renoncer à un meeting pour cause de troubles violents organisés par des groupuscules ouvertement opposés au processus électoral en cours.
L'incident de Béjaïa n'était pas isolé, d'autres rassemblements populaires pour le compte de plusieurs postulants à la magistrature suprême ayant été à leur tour perturbés, à un point tel que le chef de l'Etat sortant et candidat à sa propre succession a cru bon de réagir, par deux fois et en pleines activités officielles, pour dénoncer sans ménagement les «violences» qui ont marqué la campagne depuis son démarrage.
La direction de campagne de Bouteflika a fait de même mais en accusant directement les partisans du candidat indépendant Ali Benflis, qui s'est empressé de rejeter énergiquement toutes ces accusations. Le déroulement normal de la campagne a été tout aussi mis à mal par certains dépassements dénoncés en tant que tels auprès des commissions de surveillance et de supervision de l'élection ainsi que par l'activisme d'un mouvement d'opposition au scrutin («Barakat») et d'un «front du boycott» composé de représentants de 5 partis politiques et une personnalité nationale.
Néanmoins, plusieurs centaines de réunions électorales (meetings, activités de proximité, conférences...) ont pu avoir lieu dans le calme et où les six candidats ou leurs représentants ont pu exposer leur vision de l'avenir du pays et appeler à une forte participation au scrutin comme garant de la «stabilité» pour les uns, et en tant que moyen de consacrer dans les faits le principe politique de l'alternance au pouvoir, pour les autres.
Les appels à prévenir la fraude et à respecter l'éthique de la pratique politique ont eux aussi fusé de toutes parts au point de devenir des mots d'ordre récurrents, à la satisfaction de tous ceux qui souhaitaient voir le vote se dérouler librement et dans la transparence ainsi qu'ont eu à le proclamer les plus hautes autorités de l'Etat à la veille du lancement de la campagne électorale.
Le match continuité - changement, pour intéressant qu'il soit, n'a pas réussi cependant à cacher un «manque flagrant de clarté», souligné par nombre d'initiés, dans le contenu et l'exposé des différents programmes des candidats, à l'exception peut-être de celui du Président sortant lequel, en prônant la poursuite de l'œuvre entamée par lui en 1999, a fait de cette seule perspective un programme électoral capable de le faire triompher.
Les éternels «parents pauvres» comme la culture, les sports ou encore l'environnement n'ont pas réussi, cette fois encore, à s'imposer dans une bataille électorale dominée sans surprise par le politique, le social et l'économique avec comme leitmotiv la révision de la Constitution, l'amélioration du niveau de vie général, la lutte contre la corruption et la relance-diversification de l'économie nationale.
C'est qu'une révision constitutionnelle, au programme de tous les candidats mais avec des moutures et des buts (transition démocratique, constituante, 2e République...) différents, servirait pour l'essentiel, selon différentes déclarations, à consacrer la séparation effective des pouvoirs en vue de parachever le processus démocratique d'un Etat se voulant moderne, et de renforcer les institutions de la République.
Reste qu'une campagne électorale sous tension (mais sans violence) n'est peut-être pas, peut-on considérer, un si mauvais signe dans un contexte de saine compétition démocratique. C'est d'autant plus vrai que les six candidats ont par ailleurs fait montre, de par leurs discours, d'une conscience claire des enjeux entourant cette consultation décisive, tant au niveau national qu'à l'échelle régionale où la montée des périls concerne en premier lieu l'Algérie, son intégrité territoriale et ses longues frontières à protéger.